Le « Up and Down » à Tracadie Imprimer

La promenade du « voir et être vu » ne date pas d'hier et n'est pas spécifique à Tracadie.  Dès le 18e siècle, la promenade est un loisir qui implique une dimension publique pour l'élite européenne et même celle du Canada.  Dans nos régions acadiennes, rappelons-nous qu'avant l'arrivée de l'automobile, on se rendait à cheval à la messe du dimanche en utilisant notre plus belle trotteuse (cheval).  De plus, en hiver, il n'était pas rare qu'au retour à la maison, des courses improvisées s'organisaient sur les rivières ou cours d'eau gelés.

En ce qui concerne le rituel ou la fièvre du Up and Down à Tracadie, elle remonte aux années 1950 où on voit l'arrivée de jeunes pouvant s'acheter une automobile et l'ouverture de restaurants au centre-ville, entre autre le Café central.  Lorsque d'autres jeunes qui n'avaient pas d'automobile allaient les rencontrer afin d’avoir une promenade.  Ils quittaient donc le Café Central, tournaient dans l'entrée de l'hôpital qui était en forme de demi-lune, poursuivaient sur la rue Principale pour traverser le pont Snowball, puis revenaient à leur point de départ.  Ce n'est que quelques années plus tard que le véritable « parcours » du Up and Down sera pratiqué.  Ce parcours allant de chez Chaussure McGraw, au coin des rues Principale et Arseneau, jusqu'à la station-service Irving à l'intersection des rues Principale et du Moulin.  À ce moment, s'ajoute d'autres restaurants ou lieux de rencontres comme le Moonlight de Méderic Arseneau, chez Gertrude, la cantine mobile des Thomas, le Thomas Curb, le Coco Lounge, la cantine mobile de Phoébé Sonier, etc.                   

Au moment de l’incorporation de la municipalité de Tracadie, en 1966, un des défis à relever était le contrôle de la circulation.  Quelques années plus tard, la circulation dans le centre-ville était tellement dense que les policiers de la municipalité étaient appelés à diriger la circulation !  C'est d'ailleurs dans les années 1970 et au début des années 1980 que l'on voit la grandissante popularité de certaines boites de nuit à Tracadie comme le Bel-Air, Le Célibat, le Deauville ainsi que le Riviera un peu plus loin sur la rue Principale.  Avec l'arrivée des baby-boomers qui accroît la jeune population et la hausse de la qualité de vie, cela permet d'avoir les moyens pour participer au fameux Up and Down.

Récemment, ce phénomène fut le sujet d'un documentaire réalisé par la maison de production Cojak.  On voit bien dans ce documentaire que le phénomène du Up and Down a participé au développement de la passion des automobiles pour les habitants de Tracadie !  En 2010, lors du spectacle Tracady Story, on a présenté un chanson intitulé « Minoune » qui faisait un clin d’œil à cette activité et en 2012, Gilbert McLaughlin en faisait le sujet d'une étude sociologique et historique.  Enfin, on peut voir à Tracadie qu'un restaurant porte le nom de cette activité qui reste encore populaire et ce, malgré une diminution de l'achalandage dû à la création d'une voie d'évitement, à la hausse du prix de l'essence et des lois limitant la circulation des conducteurs débutants.  L'avenir nous dira si l'activité se maintiendra au fil des ans.        

 
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