Tracadie-Sheila : un peuplement diversifié Imprimer

Par : Maurice Basque

Les premiers habitants de la région de Tracadie-Sheila étaient des Amérindiens mi’kmaq, nomades, qui fréquentaient le territoire en raison de ses riches ressources naturelles.  Comme nous l’avons déjà vu, ce sont les Amérindiens qui sont à l’origine du nom même de Tracadie, toponyme qui est demeuré associé aux rivières Petit-Tracadie et Tracadie. Leur style de vie, basé sur la chasse, la pêche et la cueillette de baies sauvages, allait être radicalement transformé par le Grand Dérangement et la Révolution américaine. Ainsi, suite à la déportation des Acadiens, plusieurs familles acadiennes vont recommencer leur vie dans ce qui allait devenir les nouveaux petits villages de la péninsule Acadienne. Caraquet, Shippagan, Néguac et Tracadie sont de bons exemples de ces nouveaux établissements.

Map de TracadieDans le cas de Tracadie, dans la deuxième moitié de la décennie des années 1780, les familles acadiennes Bastarache et Sonier vont s’y installer, rejointes par des Arsenault, Benoît, Comeau, Doiron, Gautreau, Thibodeau, et autres Acadiens. Ils ne seront pas les seuls puisque des familles françaises s’y installeront au même moment telles que les Robert dit LeBreton, Roussel et Vienneau. Au moins deux familles du Québec participeront aussi au peuplement de la région avec l’arrivée des Brideau et des Desjardins dit Losier. En plus de ces familles acadiennes, canadiennes (venues du Québec) et françaises, on retrouve aussi de nombreuses personnes d’origine britannique tels que les loyalistes Ferguson et McLaughlin, qui avaient participé à la Révolution américaine, en plus des Drysdale, McGraw, McMahon, Robinson, Thomas, Walsh et Young.

La région de Tracadie-Sheila a donc connu un peuplement plus diversifié que les villages voisins de l’époque. À titre d’exemple, Néguac, au début du 19e siècle, comptait surtout des familles acadiennes, alors que Shippagan était peuplé par une majorité de familles acadiennes et françaises, et Caraquet affichait sa particularité avec le haut du village à forte majorité acadienne et le bas composé par une population comptant surtout des familles acadiennes, canadiennes, françaises, jersiaises, avec un peu d’anglophones.

Dès le début de l’histoire de Tracadie-Sheila, les mariages mixtes ne sont pas rares, non seulement entre anglophones et francophones, mais aussi entre catholiques et protestants. La majeure partie de ses habitants avait au moins ceci en commun : ils s’étaient retrouvés, en quelque sorte, du mauvais côté de l’Histoire. Les Acadiens avaient été victimes du Grand Dérangement, les Loyalistes avaient quitté les jeunes États-Unis d’Amérique qu’ils avaient combattus, certains Britanniques abandonnaient l’Europe des guerres napoléoniennes, tandis que d’autres, comme les Irlandais ou encore les Canadiens, préféraient recommencer leur vie dans un contexte socio-économique qu’ils souhaitaient meilleur que celui qu’ils avaient laissé au point de départ.

Ce sont donc ces femmes et ces hommes, aux horizons si différents et aux origines variées, qui donneront naissance à ce qui est maintenant Tracadie-Sheila, une municipalité aujourd’hui acadienne et francophone. Cette municipalité n’oublie pas pour autant tout ce qu’elle doit, dans les bons moments comme dans ceux les plus difficiles, à toutes ses pionnières et à tous ses pionniers.

Pour en savoir plus :

  • Haines, Cedric Lorne. « L'établissement acadien au Nord-Est du Nouveau-Brunswick: 1755-1826 », La Revue d'histoire de la Société historique Nicolas-Denys, 1981, vol. 9 (no 1), p. 3-33; vol. 9 (no 2), p. 3-33.
  • Kerry, D., Bourgeois, R., Basque, M. Deux siècles de particulturalisme : une histoire de Tracadie, 1994.



 

 
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