Le premier curé de Tracadie, l’abbé François-Xavier Lafrance Imprimer

Par : Maurice Basque

Photo de l’abbé François-Xavier LafranceAu tout début de son histoire, dans le dernier quart du 18e siècle, la région de Tracadie-Sheila n’avait pas de prêtre résidant. En effet, les missionnaires catholiques de l’époque habitaient assez souvent à Caraquet et ils devaient desservir un très grand territoire.  C’est d’ailleurs la paroisse  de Saint Pierre-aux-liens  de Caraquet qui fut la première dans le nord-est du Nouveau-Brunswick  à être érigée canoniquement et à recevoir un premier prêtre résidant en 1785.

C’est un prêtre français, qui avait fuit les persécutions de la Révolution française à l’endroit du clergé catholique, l’abbé Louis Desjardins, qui  inscrivit les premiers actes dans le registre de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Tracadie en 1798. Il fut suivit par d’autres prêtres de France ainsi que du Québec et d’Irlande. En 1842, le village de Tracadie était suffisamment peuplé pour obtenir son premier prêtre résidant. Ce fut un Canadien-français, né à Québec en 1814, soit l’abbé François-Xavier-Stanislas Hianvieu dit Lafrance. Son père, Louis-Charles Hianvieu dit Lafrance, était un relieur dans la vieille capitale et sa mère, Marie-Angélique-Émilie  McDonald, une anglophone. L’abbé Lafrance grandit donc dans un milieu bilingue, ce qui allait beaucoup l’aider dans sa nouvelle paroisse car elle comprenait plusieurs ouailles irlandaises. Il faut préciser que le territoire dont était responsable le premier curé de Tracadie s’étendait de Pokemouche à Néguac et Burnt Church.  Plusieurs prêtres d’aujourd’hui  reviennent, par la force des choses, à ces grands espaces à desservir…

L’abbé Lafrance fut un curé très dynamique. Il avait été vicaire à Rustico, à l’Île-du-Prince-Édouard, en 1841 et sa brève expérience dans cette paroisse lui avait fait connaître un peu le milieu acadien et anglophone des Maritimes. A Tracadie, il se dévoua aux soins des lépreux et c’est surtout lui qui fut responsable de la construction du premier lazaret. Il avait voulu être médecin lorsqu’il était jeune et ses connaissances médicales lui furent utiles dans la région de Tracadie-Sheila  face à ces malheureux que le sort avait abandonné à eux-mêmes.

L’abbé Lafrance encouragea également ses paroissiens à construire des églises sauf à Tracadie où il y en avait relativement nouvelle qui datait  de 1823. Grand promoteur de l’éducation, il fut sans doute à l’origine de la première école de Tracadie (le sujet de la chronique de la semaine prochaine). Lorsqu’il fut transféré à la paroisse de Memramcook en 1852, ce prêtre continua son œuvre dans le domaine de l’éducation en ouvrant le séminaire Saint-Thomas à Saint-Joseph de Memramcook.Même si ce dernier ferma ses portes en 1862, l’idée de l’abbé Lafrance ne demeura pas lettre morte. En 1864, le collège Saint-Joseph de Memramcook  fut fondé et  il sera l’une des institutions d’enseignement supérieur qui allaient donner naissance à l’Université de Moncton en 1963.

La mémoire de l’abbé Lafrance est bien présente  dans la région de Tracadie-Sheila avec la chorale Lafrance et la communauté de Pont-Lafrance  en plus de sa statue qui s’élève tout près de l’église de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste et Saint-Joseph. Le campus de Moncton de l’Université de Moncton  a sa résidence Lafrance  et l’Histoire retient toujours le nom  de cet homme qui fit tant pour les lépreux et pour l’éducation des Acadiens. L’abbé François-Xavier Lafrance est décédé à Barachois, dans le sud-est de la province, en 1867.

Pour en savoir plus :

  • Il est possible de consulter l’article de l’historienne Naomi E.S. Griffiths à son sujet dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne à l’adresse suivante : www.biographi.ca .
  • Le docteur Ulysse-J. Bourgeois, longtemps médecin à Tracadie, a publié en 1962 une petite biographie de ce prêtre. Sous le titre de L’abbé F.-X. Lafrance, premier curé de Tracadie.
 
Home Patrimoine Chroniques du 225e Premier curé de Tracadie